LA VOIE DU ฿ITCOIN

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samedi 25 août 2018

82 - Les Minquiers : parabole vacancière

Parmi les propos qui reviennent régulièrement chez nos dirigeants quand il s'agit du cyberespace, figure en bonne place une mâle volonté d'y affirmer la souveraineté française. C'est une ambition mal définie dans laquelle se mêlent la volonté de garder à l'État français le monopole du fichage de ses résidents, la traque fiscale des (petits) fraudeurs et un peu de contre-propagande bien illusoire.

vue aérienne des MinquiersMoi, le cyberespace me fait toujours songer à la mer ; et en été la mer je la vois au coin de la rue. Toutes proches, les îles de la Manche sont « des morceaux de France tombés dans la mer et ramassés par l'Angleterre » comme le disait Hugo exilé à Guernesey, chez qui j'avais déjà trouvé en 2014 des petits indices ésotériques pour comprendre Bitcoin. Car je n'oublie jamais Bitcoin, même en bord de mer.

Seulement si Jersey et Guernesey sont tombées du char de l'Etat parce qu'en 1204 un roi de France, satisfait d'avoir récupéré la Normandie, les avait tout bonnement oubliées, les petits rochers des Minquiers ont échappé à la souveraineté française en plein 20ème siècle.

Et pas vraiment, comme on le lit un peu partout (et même sur Wikipedia) parce que des vieilles chartes en latin auraient convaincu la Cour de Justice de la Haye, le 17 novembre 1953, des bons droits de la Couronne d'Angleterre. En réalité, la France s'est montrée fort incapable d'établir ou d'assurer sa souveraineté à 10 miles de ses côtes. Et cela non sans conséquences fâcheuses bien au-delà de l'honneur froissé...

Une leçon de modestie (le lecteur courageux verra qu'elle s'achève dans les toilettes) parfois désopilante, mais aussi une parabole très instructive pour des autorités qui rêvent toujours de sillonner toutes voiles dehors la haute mer du cyberespace au lieu de s'atteler concrètement, en actes et non de façon verbeuse, à doter notre pays des moyens de devenir un véritable port numérique!

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vendredi 27 avril 2018

77 - Ce qui est sérieux et ce qui l'est moins

J'ai déjà traité à plusieurs reprises du jeu, univers natif des premières monnaies qui furent décrites comme virtuelles. J'avais abordé l'an passé dans Enjeux la réflexion du médiéviste Jean-Michel Mehl (« il est exceptionnel que le jeu soit gratuit (...) même dans le jeu enfantin, il est facile de déceler, sous les apparences de la gratuité, l’espérance d’une victoire comme la crainte d’une perte ou d’une défaite, définitive et humiliante ») et bien plus tôt dans Monnaie pour rire l'idée d'un rapport que tous les enfants connaissent bien entre la monnaie et l'univers où l'on fait semblant, voire la fête des fous.

Podcast

Je reviens sur ce thème en diffusant ici le podcast réalisée en mars par Jeanne Dussueil (Globaliz) et au cours duquel Madame Laure de Laraudière, députée représentant « le présent » et moi-même parlant pour « le passé » commentions une dystopie future présentée par le conteur Thomas Guyon.

Dans un futur pas si lointain, nous suivions dans ses tribulations et ses angoisses un individu qui avait tout d'un travailleur acharné sauf que.. pour lui travail n'existait plus si ce n'est dans l'univers d'un jeu video. Gamification la chose est déjà partout présente. Jeanne Dussueil demandait donc à Madame de la Raudière ce qu'en diraient les politiques (le jour où... plus tard ? trop tard?) et à moi ce qui pourrait bien, alors, d'après les enseignements du passé, servir de monnaie.

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dimanche 26 mars 2017

61 - Sans l'ombre d'un clocher (le temps c'est de l'argent 2)

La Grosse Cloche de BordeauxOn connaît la chanson : la monnaie, jadis frappée dans du métal précieux et ornée de l’effigie du souverain local, aurait connu de fabuleux progrès en se débarrassant du métal pour ne conserver que l’auguste visage, progressivement remplacé par le nom de son banquier sur un bout de papier, puis par une ligne de donnée dans un fichier de ce dernier. Sans souverain et sans banquier, le bitcoin serait donc « en réalité très archaïque » aux yeux des sages en cravate qui savent bien qu’il ne suffit pas qu’un coquillage soit digital numérique pour qu'il soit moderne.

Il y a pourtant un élément aussi mystérieux que la monnaie et qui suggère que la modernité consiste bien à s'affranchir du pouvoir local, de ses tours, de ses cloches et de ses blasons : c’est le temps.

J'ai écrit il y a un mois un article intitulé la boucle, en partant du mot fameux assurant que le temps c'est de l'argent. Je poursuis ici, en voyant ce que l'évolution de la mesure du temps me suggère au sujet de celle de la fabrique de la monnaie.

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samedi 18 février 2017

57 - La Boucle (le temps, c'est de l'argent)

Time is money. Le mot célèbre de Benjamin Franklin courait semble-t-il les rues depuis le grec Antiphon, qui aurait dit le même chose avant de mourir exécuté en -410, ce qui est en somme une façon de faire faillite.

Le problème c'est que chacun formule cete analogie dans un contexte et un propos bien différents. Le libertaire hédoniste antique trouvait sans doute stupide de perdre un temps compté à travailler dans une vaine quête de fortune ou d'honneurs. Mais son mot (*) est rapporté par un historien dissertant cinq siècles plus tard au sujet d'une perte de temps fatale à l'action. Enfin l'américain modeste, tôt mis au travail, trouvait impie de perdre à ne rien faire une heure qui pouvait être consacrée au négoce. Aucun des trois ne parlait évidemment du travail de l'argent, travail qui consiste essentiellement, au grand scandale des moralistes, à attendre l'échéance en regardant passer le temps.

la clepsydre de karnakOn évoque classiquement ce que l'on doit à nos ancêtres babyloniens, qui conçurent en regardant le ciel le temps cyclique, celui que l'on retrouverait. Les Égyptiens, eux, regardaient couler dans leurs clepsydres le temps que l'on perd. Et ce n'est pas pour rien que l'on parle d'argent liquide. Il file entre les doigts comme le temps dans la clepsydre.

Mais depuis les Grecs, et même depuis les Lumières, le temps et l'argent ont tous deux changé de nature. Que faire aujourd'hui du lieu commun métaphorique de Franklin?

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jeudi 17 décembre 2015

36 - Alice (suite)

Comme on me le fait remarquer en commentaire sous mon précédent billet, il y a bien un petit côté subversif dans "Alice au pays des Merveilles" qui a tout pour faire fondre de plaisir le petit coeur endurci de tout Bitcoineur, entre deux achats spéculatifs, celà va sans dire.

J'aimais Alice bien avant de rencontrer le bitcoin, et il me semble bien que son voyage au Pays des Merveilles ait été le premier livre que j'ai lu en intégralité dans la langue qui était encore, à l'époque, de l'anglais.

Si son escapade de l'autre côté du miroir m'a permis de comprendre pourquoi le bitcoin que l'on dit virtuel in the old room était bien réel là où les devises fiat devenaient virtuelles, son odyssée dans le pays des merveilles suscite en moi une autre remarque.

Alice paye de sa personne. Elle boit la potion.

Alice boit

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dimanche 13 décembre 2015

35 - Alice

Il y a des phrases que l'on entend dix fois sans trop les écouter et puis qui vous saisisse soudain. Ainsi, lors d'une présentation des potentialités de la technologie blockchain, de l'assertion selon laquelle on pouvait y faire circuler une devise virtuelle comme le bitcoin, mais aussi des devises bien réelles comme l'euro. Je levai la main, et remarquai que sur la blockchain, c'était le bitcoin qui était la chose en soi, alors que ne circuleraient jamais que des promesses, des représentations, des contrats relatifs aux devises fiat.

une devise virtuelle

S'ensuivit une courte controverse sur le sens des mots. Soudain je réalisai que nous avions raisons tous les deux, mais chacun dans son univers.

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