des leçons de l'histoire

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dimanche 9 mai 2021

111 - Napoléon et « nous »

Je ne vais pas aborder ici le napoléon (petit n) qui reste encore aujourd'hui un honnête refuge contre l'inflation pour bourgeois boomers, mais un peu l'autre legs financier de Napoléon Bonaparte, la Banque de France, et un peu aussi l'incapacité de penser par manque de toute « culture » historique qui caractérise tragiquement tout ce qui aujourd'hui « fait l'opinion ».

Pour qui a bénéficié d'une formation historique un tant soit peu sérieuse, l'épisode napoléonien que nous venons de traverser a été éprouvant mais instructif. J'ai déjà dénoncé dans un billet consacré aux histoires des économistes les impostures d'une profession qui se croit habilitée à nous raconter, à travers l'histoire, ce que nous sommes, ce que nous devons être, ce qui a toujours été et doit continuer d'être.

Que dire quand s'y mettent aussi des politiciens formés aux fiches de culture générale de leur prépa à l'ENA, des éditorialistes ivres de parlote, des blogueurs recopiant de fausses citations trouvées en ligne et des copains informés par les controverses elles-mêmes plus que par des lectures universitaires ?

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vendredi 26 février 2021

106 - Un bon croquis, vraiment ?

« Méfiez-vous des citations que vous trouverez sur Internet, disait Napoléon ; il est bien incertain de savoir si elles sont authentiques ». A dire le vrai, la fonction magique copier-coller n'a fait qu'empirer une situation qui n'était déjà guère transparente auparavant. Mais pour en rester à Internet et à l'empereur, un mot vient à l'esprit, celui selon lequel « un bon croquis vaut mieux qu'un long discours ».

Parce qu'en matière de tir médiatique (ou politique) contre Bitcoin, quand on a épuisé les boutades, il se fait un emploi massif de petits dessins, notamment la « courbe de la bulle » dans laquelle par une coquetterie pédante on tente d'inscrire pour faire bon poids la « courbe de la tulipe ».

Que valent ces dessins ? Et d'une manière générale, que valent ces « bons croquis » ?

Napoléon fondant le Prix TulipeMême le professeur Tulard, qui connaît la vie de son héros minute par minute, parle de « la formule qu'on lui prête » et sans l'écrire (par crainte qu'on ne la trouve finalement dans la marge d'un livre ou sur un papier gribouillé sur un champ de bataille) laisse entendre qu'elle a été forgée. Napoléon était grand écrivain, et de Brienne à Sainte-Hélène, notoirement très gros lecteur.

Qu'importe ! Elle est fort pratique, l'histoire du bon croquis, pour légitimer l'emploi massif de PowerPoint, ce logiciel qui rend stupide, pour citer James Mattis lequel était général lui aussi, et pour faire passer de simples infographies pour des arguments étayés.

Sans chercher à savoir si l'année 2021 doit ou non être marquée par une correction, je suis donc revenu sur ce qui se disait, s'écrivait et se dessinait en 2017-2018.

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mercredi 16 décembre 2020

104 - Séparation

(les illustrations proviennent toutes de l'album Nope en Stock)

Est-ce un effet du hasard si l’incroyable séquence laïciste que nous vivons depuis des semaines, avec sa réaffirmation emphatique de « principes républicains » taillés sur mesure, coïncide avec les déclamations ministérielles visant à défendre la monnaie de l’État en réglementant à outrance tout ce qui de près ou de loin en menacerait son monopole absolu ? Je ne le crois pas.

Une réaction superficielle aux derniers exploits régulatoires de nos ministres consiste à incriminer leurs hymnes hypocrites à la Blockchain-Nation, dont la France serait un parangon, pour les mettre en rapport avec la cerfa-ration quotidienne de règles absurdes qu’ils nous imposent (1), mais aussi avec une prétentieuse inculture technologique, plaisamment résumée par le nouveau hashtag #3615crypto.

Je propose ici de prendre un satané recul, jusqu’en novembre 1789, pour examiner les choses dans une perspective longue, et voir ce que la rhétorique laïque et la régulation monétaire nous disent toutes deux de « nos valeurs » comme disent ceux qui parlent pour les autres, mais aussi pour voir ce que la logique de « séparation » pourrait signifier.

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jeudi 5 novembre 2020

102 L'incroyable prix de la Monnaie des Assassins

Un prix incroyable !

Et non, ce titre racoleur ne va pas me conduire, en ce 5 novembre, à ne parler que de Bitcoin !

Je veux parler d'une pièce d'or vieille de plus de 2000 ans et dont le prix a atteint 2.700.000 £ pour 8 grammes d'or. Une pièce d'or assez étonnante, tant par son extrême rareté que par son motif : la célébration de l'un des plus célèbres assassinats politiques de tous les temps.

Il s'agit du lot 463 de la vente menée le 29 octobre dernier par la maison ROMA NUMISMATICS, 20 Fitzroy Square, Londres (métro Warren Street). Côté face le visage de l'assassin Brutus, côté pile son poignard et celui de son complice Cassius entourant le bonnet phrygien, antique symbole républicain, au-dessus de la légende EID MAR (Eidibus Martiis : AUX IDES DE MARS).

L'attention des non-numismates avait été attirée sur ce magnifique objet par le blog de Pierre Jovanovic avec une présentation spectaculaire, mais un peu expéditive.

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mardi 23 avril 2019

89 - Renaître ?

L’incendie de la cathédrale Notre-Dame a fourni une occasion de réfléchir à de nombreux sujets. J’avoue avoir été troublé de réaliser que j’en avais déjà abordés plusieurs ici, et assez récemment : ainsi sur ce qu’est un monument, mais aussi sur les rapports profonds de l’art et de l’argent.

Au risque (assumé) de passer pour un petit métaphysicien du bitcoin, je voudrais partager ici quelques pensées, généralement douloureuses, et dont certaines ne concernent pas si indirectement que cela ceux qui suivent « la Voie du Bitcoin ». Assez pour que, dès le lendemain à 6 heures du matin, j’ai commencé à réfléchir avec Grégory Raymond (journaliste à Capital) à l’opération « Notre Dame des Cryptos » à laquelle vous pouvez participer en cliquant sur le bouton en haut à droite. Parce que ce qui est numérique n'éloigne jamais de ce qui est vrai.

le_scan_ND_2010.jpg Image 3D Andrew Tallon, 2010

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dimanche 4 mars 2018

76 - Nolite te auctoritates...

dame de coeur d'après une création d'EstarisBitcoin serait toujours un truc de geek et dans la pratique un truc de mec. Si bien des évidences factuelles tendent à le faire croire, je suis de ceux qui pensent depuis longtemps que la présence féminine doit être recherchée et valorisée, et que l'excuse commode selon laquelle il y a traditionnellement peu de copines passionnées par la technologie est fausse et dangereuse à plus d'un titre.

Au-delà d'un point de principe - la techno comme la monnaie sont affaires de tous - je pense qu'une démarche spécifiquement féminine doit être mise en valeur en ce qui concerne l'usage des monnaies décentralisées, ou plutôt que la réflexion menée depuis plus de deux siècles par les femmes pour construire leur émancipation est potentiellement riche d'enseignements pour ceux qui veulent inventer une monnaie sans sujétion.

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samedi 23 décembre 2017

72 - Pipeau

pour Adli

Le temps de Noël est celui où l'on raconte aux enfants des histoires, notamment des histoires de marchandises arrivées jusqu'à eux sans qu'ils aient la moindre conscience d'un paiement, ce qui est aujourd'hui l'ambition ultime de tout le commerce. Comme je l'ai noté récemment, les économistes aussi racontent facilement des histoires, moins pour illustrer leurs théories sur la monnaie, l'investissement ou la dette que pour asseoir dans l'esprit du citoyen des fragments d'un discours de domination. Les tulipes, et les autres histoires des économistes sont des paraboles issues d'un fait historique mineur ou incertain, voire faux, mais qui est passé de livre en livre en changeant de signification selon les besoins des siècles, avec cependant une constante : ces histoires servent toujours à faire la leçon.

des histoires pour les enfants

En ce sens, elles sont exactement comme les contes et les légendes que de siècle en siècle on a racontés aux enfants. Il y en a une que j'ai toujours adorée, et que je me suis amusé à décortiquer ici, c'est celle du Joueur de flute de Hamelin. Une histoire de promesses non tenues, d'incertitude sur la monnaie, de séduction et de mensonge.

S'agit-il vraiment d'une vieille légende ? Avant d'aborder le fait historique précis qui serait intervenu un jour il y a fort longtemps dans une petite ville de Basse-Saxe, puis d'en venir en fin de texte à Bitcoin, j'ai songé que le délicieux Père Castor rappellerait à nombre de mes lecteurs leur petite enfance, et aux plus âgés leurs joies de jeunes parents. Autant replonger un instant dans les joies de l'enfance, même s'il ne s'agit pas forcément d'enfants ici.

Revenons à l'histoire, car c'en est une, en ce sens qu'il y a quelque chose qui est vraiment arrivé.

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samedi 28 octobre 2017

67 - Les histoires des économistes

Pour Jean-Luc

Les économistes, quand ils s'adressent à un auditoire auquel ils supposent une intelligence limitée, aiment à invoquer l'Histoire. En soi, il n'y aurait rien à redire. J'ai même tendance à souscrire à l'assertion du regretté Bernard Maris, selon qui il n'y avait dans l'économie que la vérification par l'histoire qui soit sujette à certitude.

Le problème c'est qu'ils racontent bien plutôt des histoires que de l'histoire. Sur une remarque de mon ami Jean-Luc qui tient sur Bitcoin.fr une précieuse chronologie de Bitcoin, j'ai décidé de recenser ici quelques événements historiques fort souvent cités, mais hélas pas comme le passage du Père Noël ou l'apparition de la première dent d'un gallinacé. Ces histoires sont invoquées comme arguments en béton étayants des raisonnements péremptoires. Mais faux... car ces événements n'ont jamais eu lieu. On pourrait leur inventer un calendrier, et selon l'idée du Mad Hatter de Lewis Carroll, célébrer leur non-anniversaire.

Bitcoin  choisi comme monnaie étalon international

Voici donc une leçon d'histoire illustrée comme on le faisait jadis pour les enfants. J'y joins quelques événements qui auraient dû avoir lieu, et dont l'évocation n'est pas sans saveur... Et pour ne pas être en reste, j'en ajoute un : l'avènement de Bitcoin comme standard monétaire en 2050, événement prévu dès 2017 dans l'excellent livre "Bitcoin la Monnaie Acéphale" (double prix Nobel de Littérature et d'Economie en 2018, must read, it's amazing !)

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mardi 19 septembre 2017

66 - Tulipes

La spéculation sur la tulipe en 1637 est sans doute le morceau choisi d'histoire le plus souvent invoqué par ceux qui veulent montrer la profondeur de leur ignorance concernant Bitcoin.

Tulipe Mania

De Nout Wellink, ancien patron de la Banque Centrale des Pays-Bas, déclarant en 2013 que « au moins à l'époque on avait une tulipe, là vous n'aurez rien» au patron de Morgan, Jamie Dimon, répétant il y a quelques jours que le Bitcoin était « pire que les bulbes de tulipes » ils sont des centaines de pontifes à avoir assené la chose, complaisamment reprise par tous les faux profonds : il y aurait un demi-million de pages comportant les mots Bitcoin et Tulip sur Internet.

Dès que le cours bondit (en anglais: to leap) cette sottise fleurit. Cela doit bien dire quelque chose du monde comme il va.

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dimanche 1 novembre 2015

30 - Fouché, un policier sans algorithmes.

Un jour qu'en sortant d'un repas entre bitcoineurs nous discutions de la loi sur le Renseignement, j'opinais que la police algorithmique en saurait toujours moins que n'en savait Fouché, ministre de la Police de 1799 à 1802 puis (après une première disgrâce) de 1804 à 1810. Quel tollé...

Il ne s'agissait pourtant point d'une coquetterie d'historien. Au moment de cette conversation, j'avais en tête l'attitude de Fouché après le célèbre attentat de la rue Sainte-Nicaise mais également les efforts pathétiques de nos dirigeants pour parer les coups assez similaires des terroristes du moment.

la machine infernale

le Fouché de WaresquielJe persiste dans mon opinion, d'autant qu'entre temps je viens de lire le livre de Dominique Cardon, à quoi rêvent les algorithmes, qui donne plus encore à penser qu'à craindre, et que le hasard d'un trajet en voiture m'a donné l'occasion d'écouter l'excellente émission Concordance des Temps de Jean-Noël Jeanneney, recevant justement Emmanuel de Waresquiel auteur d'une récente biographie de Joseph Fouché, dont la lecture, à son tour m'a conduit vers une remarquable étude de l'historien Augustin Lignereux sur la dérive terroriste à l'époque.

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