Et alors l'image me vint à l'esprit.
Le bitcoineur, comme Alice, passe de l'autre côté du miroir.

Through the looking glass

Dans le monde des sens physiques, celui qu'Alice appelle the old room, dans ce qui est pour nous le monde des États territoriaux, l'euro est bien réel.

A défaut de tinter sur le comptoir, il peut encore se glisser dans la poche. même dématerialisé, réduit à une simple écriture comptable que l'on manipule par carte ou par téléphone, il se raccroche à cette réalité tangible primitive. Le bitcoin, lui, n'y ressort physiquement de ses wallets que via une plateforme d'échange. Entre temps, il a peut-être une valeur, mais son destin est virtuel.

Mais dans le monde d'Internet, au contraire, l'euro ne circule que sous la forme d'une représentation électronique parfaitement duplicable. Il ne retrouve sa vis operandi, sa capacité de payer ou de solder, qu'avec l'attestation d'une banque qui empêche le double usage qui le viderait de toute substance. Entre temps, il est en puissance, il est virtuel.

En revanche le bitcoin, tel qu'il est sur sa blockchain, est tout entier, l'être et le signe, bien réel dans ce monde de signes et de lois mathématiques.

De l'autre côté du miroir, Alice découvre que les livres sont écrits à l'envers, ben sûr, en dépit du bon sens pourrait-on dire et que tout est un peu crypté : it seems very pretty, but it's 'Rather' hard to understand se dit-elle pour ne pas avouer qu'elle n'en comprend pas tout.

De l'autre côté du miroir (comme le bitcoin sur la blockchain) des objets sont vivants.

Mais surtout on suit, de l'autre côté du miroir, de bien étranges règles physique. Le livre a pourtant été écrit des décennies avant les révolutions de la relativité ou de la physique quantique ! Ainsi Alice doit-elle courir vite... pour rester sur place. Ce qui paraît une métaphore très appropriée au bitcoin qui ne se déplace sur le Ledger plus vite que l'euro dans les réseaux de ses banques, que parce qu'il ne se déplace en réalité pas du tout.

Le paysage, de l'autre côté du miroir, est ordonné selon des postulats mathématiques, ceux des échecs. Au début de la partie, les pièces ne se font elles pas face comme de part et d'autre d'un miroir ? Leurs mouvements même sont régis par des règles formelles.

un paysage mathématique

un livre révolutionnaireS'il quitte l'univers de Lewis Caroll pour explorer celui du Révérend Charles Dodgson, une surprise attend l'adepte des échanges décentralisés. Les tenants de la démocratie liquide (un modèle où chacun pourrait activement contribuer à l’élaboration de la loi plutôt que de simplement voter sur des propositions, comme dans le modèle classique de la démocratie directe) savent bien que le père d'Alice avait écrit quelques années plus tard The principles of parliamentary representation, un pamphlet proposant la modélisation mathématique d'une allocation des sièges en scrutin de liste et d'une forme de démocratie où chacun puisse réellement exprimer ses préférences, car pour l'instant (et j'écris un jour de scrutin!) la politique n'est toujours jouée que more as a game of skill than a real test of the wishes of the electors.

Il est sans doute inutile de nier que l'expérience du bitcoin est liée à une sensibilité politique.

Ce qu'Alice va chercher de l'autre côté du miroir, ce sont donc des choses bien réelles. De quoi nous donner, au minimum, des clés pour questionner l'ordre du monde de ce côté-ci...

Pour en savoir plus :