37 - Bitcoin, une monnaie en chocolat ?

Je voudrais en ce temps de fête parler de chocolat et de monnaie. Non pour de longues et savantes considérations sur l'usage monétaire de cacao par les Mayas et les Aztèques, ou pour ironiser sur la pièce en chocolat vénézuélienne qui vaut plus cher que la "vraie", mais en me demandant simplement d'où vient l'usage de faire des (fausses) pièces de monnaie en chocolat, et pourquoi en chocolat plutôt qu'en sucre candi, en réglisse ou en chewing-gum.

une monnaie de chocolat

On verra que le choix d'une "pièce bitcoin" par les artisans chocolatiers serait particulièrement approprié !

D'où vient cet usage ? La chose n'est pas claire.

saint nicolasUne tradition le rapporte à la légende du bon saint Nicolas. Celui-ci, de son vivant, était évêque de Myre en Anatolie. Sa vie et sa légende sont extrêmement riches l'une et l'autre. Cet homme charitable faisait l'aumône en toute discrétion, et pour cela, donnait volontiers aux enfants.

Bien avant le Père Noël, il aurait grimpé sur un toit pour lancer des piécettes par la cheminée, lesquelles seraient tombées dans une chaussure mise à sécher. Ayant, comme on sait, sauvé trois petits enfants destinés au saloir, ou les ayant ressuscités selon les récits, il devint le protecteur des enfants qui, dans certaines contrées, reçoivent des cadeaux au matin de sa fête, le 6 décembre. La Belgique et son chocolat comptant parmi les pays qui entretiennent cette tradition, je me suis dit que tout se tenait.

Sauf ...que les pièces apparaissent aussi dans la tradition juive, pour la fête de Hanukkah ! La tradition remonterait ici au judaïsme polonais du 17 ème siècle. On donnait en effet des petites pièces aux enfants, à charge pour eux d'en redonner (tout? partie?) à leurs professeurs. On a là une forme de charité discrète, de nouveau : les jeunes juifs pauvres demandaient ces piécettes à leurs bienfaiteurs, et les apportaient au maître qu'ils auraient difficilement pu payer sans cela.

monnaies de Hanoukkah

La monnaie (gelt en yiddish) de Hanukkah, comme celle de saint Nicolas, fut un jour transformée en chocolat. Mais les hommes pieux aiment à trouver des raisons sublimes à leur charité comme à leur gourmandise. On se souvint donc que les Maccabées ou leurs descendants avaient fêté leur victoire sur les Grecs par une émission monétaire. Cela attestait nettement du caractère juif de la pièce en chocolat...

loftsMais pourquoi en chocolat ? C'est en Amérique que les pièces d'Hanukkah se seraient, dans les années 1920 réinventées en gourmandise à l'initiative de la maison Loft's. Mais là... on retourne chez les chrétiens. Car Rabbi Debbie Prinz (qui semble avoir fait des recherches plus pointues que les miennes) pense que le chocolatier aurait puisé son inspiration chez... les chocolatiers belges. Nous y revoilà !

Quant à Loft's, la marque devait fusionner quelques années plus tard avec... Pepsi, le grand rival de Coca-Cola qui avait quant à lui, comme on sait, réinventé le Père Noël !

Il doit quand même y avoir un mystérieux rapport entre l'or et le chocolat : les pièces en chocolat pourraient être argentées, or elles sont presque toujours dorées. On pense tout de suite à la Suisse. A Neuchâtel, où Philippe Suchard, le premier chocolatier industriel, développa à partir de 1826 son impressionnante usine, se trouve aussi la principale fonderie d'or du pays, Metalor, implantée là une vingtaine d'année plus tard.

Qu'est-ce que ces histoires nous apprennent ?

L'expression de monnaie en chocolat désigne parfois, bien à tort, la monnaie de singe. Bref, quelque chose qui n'aurait pas de valeur et permettrait plus ou moins de contourner l'obligation de payer. En réalité cette douceur en forme de monnaie rappelle que la monnaie peut être donnée avec douceur. Avec tact, avec délicatesse.

Alors que nos gouvernants n'envisagent plus notre sécurité qu'à travers une surveillance pathétiquement inefficace de nos petites dépenses, que le marketing de la terre entière veut analyser notre panier à provisions, que les ONG elles-mêmes fichent leurs donateurs pour les importuner par téléphone ensuite... la période des fêtes nous invite à réfléchir sur une forme d'anonymat qui est celle non de la fraude ou du crime mais de la pudeur et de la délicatesse.

Dire à un petit enfant que c'est Saint Nicolas ou le Père Noël qui lui apporte ses cadeaux, c'est le dispenser d'avoir à en remercier quiconque. C'est donner sans se glorifier et c'est donner sans rien attendre en retour. A côté de l'échange marchand classique, et différent du cycle du don décrit par Marcel Mauss (donner, recevoir, rendre) il y a le don par la cheminée, le don en liquide dans la main d'un enfant.

bititMonnaie pseudonyme, le bitcoin est le moyen idéal de donner avec délicatesse. De donner à une ONG, à un ami proche ou lointain, à quelqu'un qui afficherait sa détresse, à un adolescent un peu rebelle. Je sais bien, tout cela est marginal. Mais cela permet d'ouvrir les yeux sur certains aspects de ce qu'est le secret, l'anonymat...

En ce sens le bitcoin mérite d'être célébré en période de Noël. Nombre d'entrepreneurs, comme ceux de Bitit, proposent d'ailleurs des solutions pour offrir des bitcoins à ses proches.

Le bitcoin, comme l'or, entretiendra-t-il un rapport mystérieux avec le chocolat ? Il est évidemment bien trop tôt pour le dire. Mais il y a un indice, pour ceux qui ne croient pas aux coïncidences fortuites. À Neuchâtel, la principale plateforme suisse de négoce de bitcoin s'est implantée, juste sur l'aqueduc de Serrières, dans une ancienne annexe de Suchard récemment réhabilitée... C'est troublant, non ?

du chocolat au bitcoin

Plusieurs chocolatiers ont déjà, en tout cas, flairé la nature profondément enfantine du bitcoin et sauté avec finesse sur cette nouvelle opportunité de contrefaçon monétaire !

un bitcoin en chocolat

JOYEUX NOÊL À TOUS !

Pour aller plus loin :

Commentaires

1. Le mardi 5 janvier 2016, 16:19 par Nikita Harwich
Les pièces en chocolat ne sont apparues qu’à l’extrême fin du 19ème siècle. Il fallait, pour cela, avoir développé la technique du conchage et du tempérage afin d’avoir un produit suffisamment “malléable”, en plus d’avoir à disposition les feuilles d’étain permettant de “frapper monnaie”. C’est l’aluminium qui remplace aujourd’hui l’étain. Quant à l’origine de ces monnaies, je ne crois pas que Saint-Nicolas ou Hannukah y aient été pour quelque chose. Les pièces de monnaie en chocolat ne sont pas particulièrement associées aux fêtes de fin d’année et obéissent, plutôt, au fait qu’en tant que matière première, le chocolat peut prendre toutes les formes de manière beaucoup plus satisfaisante que la pâte d’amandes ou la réglisse. 
La phrase que vous citiez, dans mon livre concernait en fait surtout les “lingots” de chocolat, surtout commercialisés dans les duty free suisses (allez donc savoir pourquoi ?).
 

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