timbre de 1852 À partir du 13e siècle la famille lombarde des Tassi, développe une poste qui s'étend jusqu'à recouvrir au 15e siècle presque tous les territoires des Habsbourgs. Au 16e siècle, anoblis, ils germanisent leur nom en Von Taxis, au 17e ils revendiquent une filiation prestigieuse avec la famille della Torre, au 18e siècle le chef de famille est Prince Von Thurn und Taxis. Ils émettent des timbres jusqu'à la nationalisation des postes par la Prusse, en 1867. Le 12e prince, champion d'Allemagne automobile (2010) pèserait 1,5 milliard et serait le premier propriétaire immobilier du pays

Avec ou sans État, la Poste est toujours une puissance. Comme la Banque avec les Médicis, elle a conduit les descendants des lombards Tassi au premier rang de la noblesse européenne, à deux doigts de la souveraineté.

Dans nombre de pays existe une banque postale. La banque et la poste ont un rapport au transport d'une information et la lettre de change est un hybride. On reverra, avec le système de Samuel Morse (1832) l'apparition en quelques décennies seulement, d'une énorme puissance financière : la Western Union, celle qui a tout à perdre à l'essor du bitcoin... Il semble que chaque mutation dans le transfert d'information privée crée une puissance financière.

Au fond... Poste et Banque, n'est-ce pas un peu la même chose ? En cas de pénurie monétaire, on a vu servir des timbres comme monnaie d'appoint. Et sur les sites de vente en ligne entre particuliers ils ont beaucoup servi avant Paypal, pour les micro-transactions.

Est-ce que la Poste n'imprime pas tout simplement de l'argent? C'est ce que suggère l'amusant dialogue, tiré du roman Timbré dans les Annales du Disque Monde (déjà cité sur ce blog) entre Moite von Lipwig, escroc pendable chargé par le tyran de revitaliser le rudimentaire service de la poste et l'un de ses complices. Moite vient de découvrir que, plutôt que de faire payer la lettre à l'arrivée, on peut tamponner des timbres standards :

timbré -Ils sont drôlement jolis, monsieur Lipwig, dit Yves. Tous ces détails. Comme de petits tableaux. Comment on appelle ces petites lignes ?
-Des hachures croisées. Ça les rend difficile à contrefaire. Et quand la lettre portant le timbre arrive à la poste, tu vois, on prend un des vieux tampons en caoutchouc et on oblitère le timbre pour qu'on ne puisse pas le réutiliser, et le ...
-Oui, parce que c'est comme de l'argent, en fait, le coupa joyeusement Yves.
-Pardon? fit Moite, son thé à mi-chemin des lèvres.
-Comme de l'argent. Ces timbres, ce sera comme de l'argent. Pas qu'un timbre d'un sou, c'est un sou, quand on y réfléchit. Vous allez bien, monsieur Lipwig? C'est que vous avez l'air tout drôle, Monsieur Lipwig?
-Euh... quoi? fit Moite qui fixait le mur en souriant curieusement d'un air absent.

Petit billet de banque, mais billet quand même : exactement ce que pensait Carlo Ponzi quand il mit au point son premier petit traffic... avant de tenter sans grande sagesse de sortir de sa condition de gagne-petit.

les coupons de Ponzi

Mais celui qui aurait accumulé des timbres postes avant le 1er janvier (et l'incroyable hausse de 15% du tarif) et celui qui aurait acheté des billets de banque suisses avant le coup d'éclat de la BNS auraient-ils fait des plus values d'essences différentes ? Dans le second cas, l'euro s'est dévalorisé par rapport au franc (ironie!). Et dans le premier? C'est tout simple: l'euro s'est dévalorisé par rapport au gramme.

les timbres à 20 grammes

Sur la vignette ne figurent qu'un poids, et l'indication (non contractuelle, ô combien !) d'une vitesse. Le prix est fixé à ce jour par la Poste, demain par la concurrence, après-demain il le sera par des marchés en continu sur internet, bref il sera coté.

Depuis le temps que les meilleurs connaisseurs du bitcoin nous assurent que son usage monétaire, balbutiant et incertain, devrait moins occuper les pensées que les fantastiques promesses d'un protocole de transmission d'information sécurisé et authentifié (une lettre recommandée, si j'osais...) je m'étonne que si peu de réflexions aient été développées sur la comparaison avec le petit timbre poste. Je propose donc d'oublier un peu le billet de banque qui focalise l'attention sur la valeur du bitcoin et de songer un instant au timbre poste qui permet de réfléchir sur son utilité...

Il est évident que la capacité de transporter 20 grammes jusque dans un village de Haute Corse ou une banlieue de Seine-Saint-Denis, cela a une réelle valeur.

Surtout avec date certaine (le cachet de la poste faisant foi) et avec une sécurité qui nous valut jadis une tirade d'anthologie de Michel Audiard (dans un film traitant d'une sombre affaire d'atteinte au monopole régalien sur la monnaie...)


JEAN GABIN CONTRE LA PRIVATISATION DE LA POSTE par edouardo26

Soit direz-vous, on vous voit venir : le bitcoin ne vaudrait guère plus qu'un timbre poste? C'est cela. Sauf que... des timbres américains

Si j'ai bien compris les mirobolantes idées de colored coin, de side chains et d'internet des objets, notre monde va avoir grandement besoin de ce genre de timbre. Beaucoup plus que de timbres-poste, infiniment plus. Si nous les humains nous envoyons 200 milliards d'e-mails par jour (dont 90% de spams, ce qui ferait tout de même 20 milliards de messages réels), songez à ce que cela va être quand les réfrigérateurs, les essuie-glaces, les ascenseurs, les caméras de surveillance et les distributeurs de préservatifs vont se mettre à échanger des informations ! Il y a 10 milliards d'objets connectés à ce jour, il y en aura 100 en 2050.

Il y a tout de même un détail à prendre en compte : point n'est besoin d'user d'un bitcoin tout entier pour envoyer un titre, une garantie, un certificat d'authenticité, une hypothèque, un manuscrit ou la formule d'une molécule tout en disposant d'une date certaine, d'une confidentialité appréciable, d'un temps de transport de l'ordre de 10 secondes. Une nano-particule du "métal orange" suffit. Il est assez idiot de parler du prix du bitcoin, si un petit bout suffit.

C'est déjà la vérité du bitcoin: 96,6 % des adresses (au niveau du block 330.000) correspondaient à des sommes inférieures à 1 m฿. En regard, il n'y a guère plus de 220.000 adresses correspondant à un pied de compte en banque ( 1 à 10 ฿) et 120.000 adresses qui correspondent au niveau d'une petite épargne (10 à 100 ฿). Ceci confirme l'hypothèse selon laquelle le bitcoin sert plus à échanger (de l'information) qu'à conserver (de la valeur).

Le bitcoin est divisible en 100.000.000 petits bouts (des satoshis). Comme il faut tout de même ajouter un TIP à chaque transaction, je pose l'hypothèse que du moins en l'état prévisible du protocole on ne se servira jamais de moins que d'un millionième de bitcoin, soit 21x10 puissance 12 d'unités en question.Si je divise par les 100 milliards d'utilisateurs (humains, transhumains et mécaniques) de 2050, cela fait l'usage de 210 transactions quotidiennes par utilisateurs, pas plus de huit ou neuf par heure, sachant qu'une transaction immobilise la particule de bitcoin durant dix minutes. En bref... rien de trop!

un timbre polonaisChacun de ces millionièmes de ฿ aura-t-il la valeur d'un timbre poste ? et quel timbre-poste devrait servir de référence? Le prix du timbre international (impliquant un service dans au moins deux pays, parfois fort éloignés économiquement) devrait être assez unifié : il n'en est curieusement rien comme le révèlent certaines statistiques. Comme toujours le prix américain devrait servir de référence : 1,10$ pour une once (28 grammes) vers le monde entier. Cela paraît cher ? Pourtant il faudrait plutôt prendre en compte le prix d'un courrier recommandé, soit environ 4 fois plus... sans compter que la particule peut resservir (on peut toujours faire diverger un colored coin de sa chaîne) ce qui n'est pas le cas des affranchissements.

Même à un centime le millionième, le bitcoin vaudrait 10.000 euros, Techniquement le centime d'euro ou de dollar n'est certes pas un prix plancher. Mais à ce prix, la capitalisation totale du bitcoin serait de 210 milliards. Soit environ 2 fois celle d'UPS, 4 fois celle de concurrents comme Fedex ou DHL ( donc 1 fois la capitalisation de ces 3 seules entreprises) ou en terme de chiffre d'affaires 5 fois celui d'UPS ou 10 fois celui de Fedex. Bref un prix de 10.000 euros pour ce carnet de timbres qu'est un bitcoin apparaît soudain extrêmement plausible à terme sinon immédiatement raisonnable...

A 4 euros du millionième (soit le prix moyen d'un recommandé) le bitcoin vaudrait 4 millions. Les entreprises payent cependant bien plus cher encore la sécurité de leurs colis: environ 10 dollars en moyenne si on divise le chiffre d'affaires d'UPS par le nombre de simples plis (25% en nombre) et de colis transportés.

Le jeune bitcoin s'attaque, on le voit, à de vieilles puissances. Bien plus que d'anarchie, il est coupable de lèse-majesté ! La Poste (publique et privée) reste une puissance quasi-souveraine. Jadis la voiture jaune et bleue des Thurns et Taxis (notez les couleurs...) sillonnaient l'Europe, aujourd'hui les flottes aériennes des postes privées sillonnent les cieux.

des flottes privées

Au total le prix du bitcoin dépendra du nombre de messages (valeurs, smart contracts etc) échangés en 2050 par les humains et les objets et du prix que chaque nouvel entrant acceptera de payer son stock de timbre. J'attends avec impatience les avis d'experts en la matière !

Mais sur le fond, la réflexion s'appuyant sur le timbre poste conduit bel et bien à envisager une valeur (élevée) et surtout à revisiter la distinction déjà éculée entre le bitcoin devise et le bitcoin technologie. Distinction qui suscite (voir lien ci dessous) l'ironie d'Andreas Antonopoulos parce qu'elle relève d'une bien courte vue des choses.

Il a raison, le personnage de Terry Pratchett : Ces timbres, ce sera comme de l'argent. Pas qu'un timbre d'un sou, c'est un sou, quand on y réfléchit.

bitcoin jaune et bleu

Pour aller plus loin :

et