Commençons par le jour fantastique où "ON" a remplacé le troc par la monnaie

images d'un mythe"Progrès de l'échange : La forme primitive de l'échange, c'est le troc" (Evangile selon Frédéric, Les Harmonies Économiques, Sourate IV). Donc "on" invente la monnaie, entre hommes préhistoriques ayant déjà des soucis de traders, comme échanger toute la journée, et des conditions de vie rêvées par un économiste libéral : ni Etat, ni souverain, ni contraintes, ni générations passées (ou futures)... Seulement aucun historien, aucun anthropologue, aucun voyageur ne peut donner un exemple réel de situation de troc antérieur à la monnaie. Nulle part dans le monde il n'a été possible de trouver une économie qui fonctionnerait sur les bases postulées par Adam Smith et quelques autres qui extrapolaient en fait ce qu'ils imaginaient être les pratiques des "sauvages" d'Amérique. Mais au travers l'exemple des sociétés amérindiennes, il a au contraire été possible de prouver que le troc et l'échange marchand n'y étaient pas présents avant l'arrivée des Européens.

Tout cela n'empêche ni les manuels scolaires, ni les sites gouvernementaux de propager le mythe du troc primitif, qui permet d'introduire la monnaie comme un instrument neutre, suscité par un besoin spontané de la société elle-même, une pure commodité permettant de fluidifier les échanges.

Sur l'origine de ce mythe, on lira avec intérêt l'article de JM. Servet Le troc primitif, un mythe fondateur d'une approche économiste de la monnaie

Le jour où l'or n'a rien valu

le veau d'orQuand on a suffisamment ferraillé avec un économiste sur le statut du bitcoin pour lui faire admettre la métaphore d'un "or numérique", il se cabre et vous assène ceci : si un jour ni l'or ni le bitcoin n'ont plus la moindre valeur, vous pourrez au moins vous faire des bijoux avec votre or. Les bitcoins, eux, ne vous serviront à rien.

Outre qu'il n'en sait rien, le problème c'est qu'il n'y a jamais eu un seul jour où l'or n'ait rien valu. Souvenez-vous, même en plein désert, dès que Moïse a le dos tourné (il s'entretient avec son dieu virtuel, "sans réalité tangible", sans sous-jacent) le peuple se dépêche de se faire une idole en or et de l'adorer. Donc, justement, puisqu'on peut en faire une idole ou des bijoux, l'or ne vaudra jamais rien. Ça ne prouve sans doute rien en ce qui concerne Bitcoin, mais ça montre la légèreté des dogmes économiques, et l'aplomb effarant des grands-prêtres en charge desdits dogmes...

Le jour où une tulipe a atteint le prix d'une maison

le grand diable d'argentJ'ai déjà abordé le mythe de la tulipe sur ce blog, je rappelle seulement qu'il n'y a jamais eu une seule tulipe échangée au prix d'une maison : il s'agissait d'un marché d'options, certes immature, mais tenu par et pour des professionnels aguerris. L'exemple même de ceux qui n'hésitent pas à pontifier aujourd'hui en citant les tulipes.

Pour nous mettre en garde, avec leur bienveillance coutumière, contre notre tendance de petites gens écervelées à spéculer sur du vent, les grands économistes rappellent aussi que nos ancêtres ont donné leurs économies à l'aventurier John Law, dandy débauché et joueur. Au passage, le gaillard fut quand même Surintendant général des Finances. Comme Madoff le maitre nageur... qui fut aussi président du Nasdaq. Bref les crises (et les escroqueries) semblent naître assez souvent au coeur du système pour qu'on ne les impute pas sans examen ni aux marges, ni aux simples.

Le jour où l'on a reconstruit les Tuileries

Les Tuileries avant l'incendie de 1871Dans la vie d'un investisseur, il y a immanquablement un jour où l'on vous présente un produit astucieux (rapportant 5 à 10 fois le taux sans risque) et au demeurant parfaitement légal. Un truc bien clair, genre panneaux photo-voltaïques, résidences d'étudiants, économie sociale et sodidaire... avec quelque part LA PAROLE DE L'ETAT. Sa parole que la chose restera déductible, que la loi ne l'interdira pas, que le sens des mots ne changera pas, etc.

Dans ces cas là, je rappelle placidement que le Parlement français n'a autorisé le gouvernement à détruire les Tuileries en 1882, soit 11 ans après leur incendie, et alors que 5,1 millions des francs (or) avaient été mis en réserve pour leur reconstruction (techniquement possible, les dégâts ayant été fort limités) que parce que Jules Ferry avait présenté la mesure comme la ‘‘seule manière de hâter la reconstruction et de la rendre indispensable’’ et fait la promesse de reconstruire à neuf. Inversement, la tour Eiffel devait être une installation provisoire, on le jura à tous ses opposants. On discuta de sa démolition mollement en 1903, et encore en 1934 quand fut entreprise la démolition de l'ancien Trocadero. La Tour et la CSG (provisoire à sa création en décembre 1990) sont là pour longtemps.

Le dernier jour des "réparations allemandes"

Farce triste à VersaillesLa désinvolture de la puissance publique n'est pas, consolons-nous une tare franchouillarde. L'État allemand, condamné en 1919 à payer des réparations pour avoir détruit une partie de l'Europe, a obtenu une première renégociation (plan Dawes, 1925) puis une seconde (plan Young, 1929) puis un moratoire (1931) puis tout re-cassé. Le 37ème et dernier versement du plan Young (en 1988) n'a évidemment jamais eu lieu, et on n'en a peu parlé alors... L'Allemagne a tout de même payé le 3 octobre 2010 la dernière tranche du remboursement des emprunts souscrits dans les années 20 pour payer quelques annuités. Depuis, comme on sait, les ministres allemands sont devenus beaucoup plus rigoureux sur le remboursement des dettes d'Etat. Grec surtout.

Le jour où l'inflation a atteint un tel niveau que Hitler est arrivé au pouvoir

propagandeRestons en Allemagne pour ce poncif absolu, cette erreur assidument enseignée dans nos écoles : l'inflation c'est terrible. En Allemagne, il fallait une brouette de billets pour payer le pain, les gens étaient écœurés, désespérés, alors du coup ils ont voté nazi. Je pense que c'est Fritz Lang qui bricolé ce mythe, entre son premier Docteur Mabuse, le joueur de 1922 (que personne ne regarde mais que tout le monde cite) et le Testament du Docteur Mabuse de 1933, où il ré-interprète le personnage, tout en l'assimilant visuellement au Führer. La période d'hyperinflation allemande (juin 1921 - janvier 1924) correspond au premier film. L'arrivée de Hitler au pouvoir (30 janvier 1933) est concomitante du second. Entre temps il y a eu bien des choses sans rapport évident avec l'épisode précédent. Notamment une crise d'origine boursière en 1929, un substantiel soutien du patronat et une lourde compromission de la droite avec cet aventurier répugnant. On comprend pourquoi tant de gens préfèrent raconter l'histoire comme on le fait !

Le jour où le Général du Gaulle a pris peur d'une monnaie locale

De GaulleIl n'y a pas que les économistes des banques pour inventer des mythes historiques. Les prophètes des monnaies locales complémentaires sont gros producteurs de gentilles histoires à raconter pour émerveiller l'auditoire... ou leur enrober les raisons des échecs. La première MLC de France fut créée en 1956 à Lignières-en-Berry. En tout et pour tout 50.000 francs de l'époque (largement thésaurisés par des collectionneurs). Quand on en parle à un gars du coin (je l'ai fait, au Salon de l'Agriculture) il vous rit au nez : c'était un grosse vantardise du maire-bistrotier local. Mais dans la littérature des MC on va lire (ici entre autres) que " l’expérience s’est arrêtée, sous pression de l’Etat semble-t-il, qui vraisemblablement a eu peur que le système fasse des émules. Il y a assez peu d’information disponible sur cette expérience, le plus complet étant un article de la revue Silence, qui reprend un article de 1979." On se recopie joyeusement les uns les autres, c'est moins fatiguant que d'enquêter...

Bref la Banque de France aurait tremblé, le Général de Gaulle se serait fâché. La vérité, c'est que les MLC ont droit à toutes les complaisances de la DGFP, à tous les aménagements du CMF et à la bienveillance de tous les députés-maires de France. Mais l'histoire est si belle ! Je l'ai entendue maintes fois, avec des variantes (selon les pays) pour expliquer toujours la même chose : ça aurait dû marcher, c'était trop beau, "ils" l'ont tuée...

Le jour où un investisseur a acheté un bitcoin à un centime

Celui qui a acheté pour une poignée de dollars de bitcoin en 2009 est aujourd'hui multi-millionnaire. On a lu cela vingt fois pour dénoncer cette finance casino, si dissemblable de la bonne finance du système. Le problème, c'est qu'il n'y a pas eu de cours du bitcoin en 2009 et que si les premiers exchanges datent de 2010, même à la fin de 2010 (où l'on avait dépassé le cours à un centime) la plupart des gens qui souhaitaient obtenir des bitcoins en France le faisaient encore de la main à la main. Sans doute le type qui raconte cette histoire n'a pas une idée précise de ce dont il parle ...